La préparation
Une participation à un tournoi comme celui de Roquebrune, ça ne s'improvise pas. Comme le disait Grand Chamane, c'est tout de même un des grands tournois nationaux (il le met même dans le top 3, c'est sujet à débat, mais je ne vais pas lui disputer ce point de vue, après tout c'est le sien et il a raison d'en être fier). C'est un peu comme pour aller dans un restaurant classe, on fait un effort sur la tenue, sauf que là il n'est pas question de mettre une veste, mais plutôt de s'en prendre.
Donc, projet de longue haleine, notre équipe des Castagneurs a eu en gros 3-4 mois pour se préparer au format, peaufiner une liste aux petits oignons, et peindre le tout à un niveau satisfaisant. Enfin, ça c'est la théorie. Comme le disait John Lennon 'la vie, c'est ce qui arrive quand tu as prévu autre chose'. Des retards divers et variés s'accumulant et réduisant à néant mon beau calendrier de peinture, j'en ai été réduit à quémander les figurines peintes de mon camarade mercenaire Elendril (plus connu chez nous sous le nom de El_Bourrinator) afin de compléter mon armée.
J'aurai réussi à peindre un cavalier, tout de même, ainsi que deux piquiers, (on ne rit pas dans le fond) et surtout mes halfelings lanciers fétiches et la belle Lucrezza Belladonna.
Le voyage aller
J'arrive bon dernier au rendez-vous pour le départ, mais qu'il soit inscrit sur les tablettes que ce n'est pas moi qui ai fini de nous mettre en retard, puisque nous faisons un détour pour récupérer quelques plateaux régimentaires oubliés chez un camarade.
Nous n'avions pas prévu très large au niveau du temps, et c'est donc pied au plancher que nous descendons la vallée du Rhône. Enfin, quand je dis pied au plancher, avec le camion de la MJC, ça fait du 110/120 km/h. Je pourrais d'ailleurs parler longuement de ce véhicule, de sa jauge de carburant déréglée, de sa trappe de toit facétieuse, mais ce n'est pas forcément le sujet de ce débriefing, et en outre à cheval donné, on ne regarde pas les dents.
Pressés d'arriver, nous avons donc raccourci les pauses, ne s'arrêtant que deux fois lorsque nos vessies tourmentées ou la jauge de carburant nous le réclamaient impérieusement.
Arrivée à Roquebrune
Suivant les flèches fluo, échappant au piège de celles qui mènent au club de ski (nous en avions fait l'expérience l'année précédente), nous retrouvons sans peine la splendide salle du tournoi, lieu de nos exploits passés de 2005, juste à temps pour s'enregistrer. Nous prenons connaissance de nos poules respectives, et il semble que nous n'ayons pas été trop bourrins sur nos compos, puisque nous sommes ventilés dans des poules allant de moyenne à basse. Sans surprise en ce qui me concerne, je rejoins la poule 22, table 44. Le temps de déballer nos armées, le tournoi a déjà commencé.
Les parties du samedi
Sandrine et son empire pastel
Cyril a posé la question lors de la remise des prix : à quoi reconnaît-on une armée de fille ? Ici, nous avons une armée impériale aux étendards d'un rose tendre sur lesquels se promènent des coccinnelles. Des flagellants habillés de rose, de jaune, d'orange côtoient des figurines à la tenue plus classique. Un général impérial trop pressé semble avoir par mégarde embroché un angelot pastel sur le bout de sa lance, ce qui tend d'ailleurs à le déséquilibrer. Nous y ajoutons une touche flashy lorsque je refile à Sandrine une boulette de patafix jaune fluo pour le faire tenir en selle.
L'effet général de l'armée est saisissant. Absolument à voir. Je pense d'ailleurs lui piquer prochainement l'idée pour mes lansquenets que je n'ai toujours pas peints, avec juste un peu plus d'ombrages et d'éclaircissements pour les adapter à mon goût.
Bref, la partie en elle même commence assez mal pour moi, avec un coup de canon impérial bien ajusté au tour 1 qui me prive de mon propre canon. Elle joue une armée impériale sans trop d'artillerie (un canon un feu d'enfer), avec un prêtre, deux magiciens, un général dans autobus, deux pâtés de lanciers avec détachements, une cavalerie légère, une meute de flagellants et des tireurs. Ses troupes progressent derrière l'écran formé par ses flagellants, sur lesquels je vais m'acharner avec mes tireurs. Mes pâtés d'infanterie avancent sous le feu de ses arquebusiers, arbalétriers et archers à leur rencontre. La partie bascule sur un gros coup de bol : ma cavalerie charge et met en fuite un pâté de joueurs d'épée sur un jet de cd tenace à 8 raté. Le mouvement de poursuite m'amène au contact du flanc de son autobus avec général dedans, ce qui le scotche au milieu de la table. Sur mon flanc gauche, les pâtés d'infanterie se rentrent dedans. Les écrans de flagellants, réduits par les tirs, ne sont plus une menace, et un combat multiple impliquant mon TP et ses gardes avec bannière de guerre se solde par une victoire de mon camp. Cyril vient nous arrêter au tour 4, parce que j'ai trouvé une joueuse aussi bavarde que moi et que nous avons traîné (déjà que nous n'avions pas commencé de bonne heure), et nous procédons au décompte, qui me donne une victoire. Je suis loin d'être persuadé que si on avait joué le tour 6 il en aurait été de même, cependant, parce que son bus ne serait pas resté coincé longtemps et que je n'avais absolument rien pour l'arrêter.
Pierrick et ses nains bourrus
Une courte pause, et je reviens affronter du nain en mâchant encore ma dernière bouchée de sandwich. Je tente un flanc refusé, ça ne marche pas trop mal, ses tueurs n'auront à se mettre sous la hache qu'un croupion d'unité d'arbalétriers. Au chapitre des nuisances extrêmes, on pourra ranger le gyrocoptère qui les aura réduit de 10 à 4 et m'aura bien fait tourner en bourrique avec ma cavalerie légère. Bon, sur ce flanc, ça allait quand même. Sur l'autre flanc, ma cavalerie lourde (deux unités) charge des arquebusiers nains et ne passe pas. Elle restera coincée trois tours dessus (4 phases de corps à corps) à la suite d'une longue série de jets calamiteux, pour finir réduite à deux cavaliers.
Un coup de canon bien ajusté et un incident de tir me privent respectivement de mon canon et de ma marmite, du coup au centre je n'ai rien pour m'opposer à l'avance de son infanterie. Ses mineurs arrivent un tout trop tôt dans mon dos, je les renvoie dans leurs buts avec mes piquiers ce sera ma seule action glorieuse. Beorg se fait déboîter par un pâté de longues barbes, et mon TP finit trop près du pavé de marteliers. Victoire des nains, mais je valide l'objectif « oeuvre caritative » puisque je suis infoutu de causer des pertes à sa plus petite unité...
Gilles et ses ogres malodorants
Deux géants asservis, dont un ne passera pas le tour 1, à cause de quelques tirs d'arbalète bien ajustés. Malheureusement, malgré une grande concentration d'ogres autour, sa chute n'occasionne aucun dégât. Sinon, je plante ma première phase de tir avec des estimations foireuses, la deuxième ne donne guère mieux, d'autant qu'à la fin du tour 2 je n'ai plus de canon, en raison de la fuite des servants... S'ensuit un déboîtage méthodique de mes troupes, et je me retrouve rapidement cerné. Après c'est un peu confus dans ma mémoire, peut-être que Gilles en a gardé un souvenir plus précis ? Je retiens juste un coup de marmite heureux sur le char à Rhinox qui charge ensuite des halfelings lanciers, qui tiennent et survivent jusqu'à la fin, et un combat épique entre Lupin et un pâté de gnoblars qui se solde par la déroute des peaux-vertes... Mais ces deux résultats anecdotiques ne sont pas représentatifs de la correction subie par le reste de l'armée. Victoire des ogres.
Fin de la première journée
Nous rangeons nos troupes, en échangeant des nouvelles de nos prestations respectives. Sans surprise je suis celui qui s'en est le moins bien sorti de l'équipe des castagneurs. C'est encourageant pour le lendemain. Nous allons prendre possession de nos chambres au F1, et nous reposer un poil avant d'aller au restaurant. Nous sommes bien fatigués et partons sitôt le dessert englouti, de ce fait nous n'assistons à aucun des évènements dont d'autres ont pu être témoins et qu'ils relateront (ou pas) mieux que je ne saurai le faire. Deux mots quand même sur le restaurant : pas vraiment mauvais, mais très cher pour ce que c'est.
Pour mémoire le menu à 21,40 € :
- salade verte avec 4 croûtons rôtis avec une tranche de bûche de chèvre dessus
- blanc de poulet avec des pâtes et une sauce aux champignons (type Royco)
- tartelette aux pommes tièdie
- ajoutons une espèce de sangria à l'apéro (rouge limé avec de l'orange et de la pomme dedans) et une bouteille de vin de pays...
Franchement, j'ai beau savoir que dans le Var c'est cher, ça me choque parce qu'à Privas un restaurateur qui fait ce rapport qualité/prix il ne fait pas long feu. Certes, la serveuse a fait forte impression sur mes jeunes, mais quand même...
Zoologie nocturne
De retour à l'hôtel, nous sommes confrontés à un splendide specimen de vertébré d'espèce encore non identifiée qui surgit de sa chambre à notre passage en vociférant tel un roquet au passage du facteur, nous demandant si (je cite) 'on voulait un micro'. J'imagine qu'il entendait par là nous faire savoir qu'on faisait trop de bruit à son goût. L'observation du comportement de ce charmant mammifère (c'est surtout la vision fugitive de sa femelle largement dévêtue, par la porte qu'il avait laissée grande ouverte, qui me pousse à le classer ainsi) s'est poursuivie dans la nuit avec quelques épisodes qui ont conduit un de mes camarades à l'appeler marmotte des banlieues (marmota suburbia). Je conteste toutefois cette appellation ; je pense en fait qu'il s'agit bien d'un mustélidé, mais plutôt de l'espèce dite blaireau de formule un (meles primaformula) au vu du comportement plutôt agressif dont il fait montre en période de reproduction : mes compagnons qui ont dérangé cet animal à l'ouïe extrêmement sensible n'ont dû leur salut qu'à la solidité toute relative de la porte de leur chambre...
Les parties du dimanche
Jéremie et ses nains rancuniers
Hé oui, du nain, encore... Mais celui-ci a une particularité qui ne va pas m'aider : son livre de rancunes comporte une ligne à mon sujet, dont l'encre, fraîche de la veille, n'a pas encore eu le temps de sécher. En effet, il s'agit du compagnon de la demoiselle du tournoi, avec laquelle j'ai eu le plaisir de partager quelques trop brefs instants, mais dont il a à coeur de venger la défaite.
Que dire ? Certes, j'aurais pu me cantonner à ma ligne de touche et faire avec lui un duel d'artillerie, dans lequel il n'avait qu'un modeste avantage, mais c'était une affaire d'hommes qui ne pouvait être conclue que par une virile empoignade au corps à corps. Je vais donc le chercher, sachant par avance que c'est une erreur. Quelques jets de dés calamiteux plus tard, je perds mon général, déjà bien entamé par un coup de canon (attention messire raté), mon TP fuit et finit tristement sous une grêle de plomb en me rapportant l'objectif 'l'idiot du village'. A la fin, mes troupes exangues contestent les 4 quarts de tables contre un pour lui mais il a encore tous ses pâtés, sauf les tueurs exterminés par Beorg et un canon orgue snipé au canon mercenaire. Victoire des nains.
Wilfried et ses ogres vociférants
Last but not least, Wilfried déploie devant moi une espèce marée ogresque et entend bien me rentrer dedans. A la différence de la partie de la veille, cependant, je dispose du privilège de commencer : la lutte au dé fut acharnée, mais je dispose du précieux sésame qui me donne une phase de tir supplémentaire avant de recevoir mes premiers coups de massue. Je manifeste donc ma joie sans retenue, et entreprends de faire exploser mon canon sur un incident de tir en guise d'introduction à la partie. Il y a de jours comme ça... Bref, il avance, il avance, je lui fais quelques égratignures pendant qu'il extermine ma cavalerie à coups de touches F2 sans sauvegarde d'armure... Puis vient le moment fatidique où il charge mes piquiers avec sa ligne de 3 mangeurs d'homme avec tyran dedans. C'était un piège, fourbe que je suis. Le front de son unité est trop grand, et il est obligé de charger aussi les gardes du Tp que j'avais mis collés aux piquiers. Son tyran ne se prive pas de me faire mal, ses mangeurs d'homme non plus, mais mes piquiers sont défendus comme des diables et ont tué un mangeur d'homme. La PU, les rangs, la bannière de guerre et le TP font le reste et le général ennemi fuit. Ouf ! Le centre tient, c'est heureux car mes flancs se font enfoncer. A gauche, les Nemrods qui ont bien tiré jusque là sont chargés par le chasseur et ses deux bestioles, Maximilien lui enlève son dernier point de vie (il a perdu le reste sur un coup de marmite heureux), mais perd le combat et les chiens poursuivent... A l'extrême gauche les servants de la marmite en perdent leur sang froid et fuient. Lupin reste seul pour faire face à un pavé de gnoblards, qu'il asperge copieusement de tirs sans pouvoir l'arrêter, mais demeure confiant à la suite de son expérience de la veille. Sur le flanc droit, ma cavalerie moyenne a chargé trois ogres et se fait déboîter en 3 corps à corps. Ma cavalerie légère au lieu de détourner une charge fuit hors de la table et ses yétis délogent mes arbalétriers de leur maison.
La partie se poursuit au centre entre deux unités de ventres-durs épaulés de crache-plombs et de bouchers, et ma propre infanterie. Beorg gagne un corps à corps à lui seul met en fuite une des deux unités, le TP et sa garde, épaulés par le général survivant et le reste des piquiers gagne l'autre. Mais les ogres survivants se reprennent. Mes piquiers pris de flanc par des crache-plombs succombent, faisant paniquer le TP. Son tyran se rallie, tandis que sur mes arrières, surgit un cannibale, et la seule résistance que je peux lui opposer est celle de 14 lanciers halfelings qu'ont rejoints mes 2 magiciens. La fin de partie approche, l'heure est grave. Mes gardes se rallient, Beorg attaqué de dos mange du chien et se rapproche du centre. A l'extrême gauche la charge des gnoblards est repoussée par les tirs de Lupin, mais ils parviennent à leur tour à se rallier. Les deux mangeurs d'homme et deux crache-plombs chargent mon TP mais sont repoussés à la résolution de combat, pendant que les généraux sortis de leurs unités jouent au chat et à la souris. Enfin, au dernier tour, mon général prend la fuite après un combat contre deux buffles, pendant que le tyran tentant le tout pour le tout se rue sur une colline d'où il prend pour cible ma magicienne qui perd un point de vie sur ses tirs d'arquebuse. Mon second magicien meurt chargé par des yétis, et les halfelings tiennent contre le cannibale malgré des pertes effrayantes.
La poussière des combats retombe, et nous faisons avec Wilfried le calcul des points : ce sera un nul, mais nous nous qualifions tous les deux pour l'objectif bain de sang, vu qu'il nous reste moins de 1000 pts chacun sur la table...Sans doute la partie la plus intéressante du tournoi, avec un adversaire qui connaissait les règles de la V7 aussi mal que moi (merci Solkiss, l'arbitre super disponible).
La remise des prix
Ah, chers amis, j'en suis encore tout ému ! Ma première distinction en tournoi – merci Cyril pour tes récompenses originales. L'année passée, j'avais eu le lot du dernier, et il m'a permis de faire un heureux lorsque je l'ai donné à un de mes camarades, mais celui-ci trône déjà sur ma cheminée, et malgré les véhémentes protestations de mon épouse, il n'est pas prêt d'en bouger. Mes filles trouvent l'ours très mignon, et elles, en tout cas, sont fières de leur papa.
Bravo à la Damoiselle du tournoi, au Junior du tournoi... Le destinataire du prix Rico, je ne sais pas si il faut vraiment le féliciter, par contre.
Bravo également aux premiers la compétition était rude.
Un grand, grand, merci à tous, organisateurs, participants, pour ces deux jours passés en votre compagnie. Ah, et un merci tout particulier à la jeune fille qui a choisi innocemment le numéro 8, donnant un lot à El_Bourrinator. Si j'avais été le seul à ramener un lot, je pense que j'aurais été copieusement chambré lors du retour...
Le voyage de retour
Rassurons James et Grand Chamane : je ne pense pas avoir été flashé, et nous ne risquions pas de faire des excès de vitesse dans ce camion, surtout entre Roquebrune et Le Muy où nous avançâmes pare-chocs contre pare-chocs. Le retour s'est bien passé, nous avons eu le plaisir de revoir des têtes connues au Quick du péage de Salon, et nous ne sommes pas rentrés trop tard.
A l'année prochaine...